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La situation politique du pays est plus que jamais intenable. Il est désormais clair que le pouvoir en place ou ceux qui en font office depuis que le chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, ne semble pas en mesure d’assurer les fonctions présidentielles, est en train de remettre en cause les acquis démocratiques arrachés de haute lutte par plusieurs générations de militants et les enfants d’Octobre 1988. L’affaire du groupe El Khabar, la nouvelle tournure qu’elle vient de prendre avec l’interdiction de deux programmes phares de la chaîne KBC, «Ki hna ki nass» et «Nass stah», l’arrestation de plusieurs de ses responsables, la confection d’un projet de loi qui interdit la libre expression aux officiers supérieurs à la retraite, l’étouffement de l’opposition bannie des médias de l’Etat et des espaces publics, et l’emprisonnement de jeunes militants présagent d’une grave dérive totalitaire. On en observe de plus en plus de claires prémices. Et les ressemblances avec le régime nord-coréen, l’un  des ultimes vestiges et la plus hideuse survivance des dictatures du siècle dernier, sont de plus en plus évidentes. Le totalitarisme rampant a pris des formes et des expressions. L’ancien ministre de la Défense, Khaled Nezzar, a affirmé dans une interview accordée au site algeriepatriotique que «le projet de loi portant devoir de réserve qui est soumis aux députés est porteur d’une grave dérive liberticide». Selon lui, «il constitue, dans son esprit même, une menace contre la liberté d’expression et une atteinte aux valeurs démocratiques que défendent nos élus». L’ancien ministre de la Défense explique même que «l’initiateur de ce texte veut, par le biais de cette démarche anticonstitutionnelle et antidémocratique, interdire aux anciens officiers de l’armée d’afficher leur opinion, alors que lui-même a ouvertement engagé à plusieurs reprises l’institution militaire dans l’arène politique». «On sait que chez le militaire fruste et mégalomane, beaucoup plus que chez d’autres, sommeille le diable de l’aventure», prévient Khaled Nezzar, faisant allusion au vice-ministre de la Défense, Ahmed Gaïd Salah. Mais on y est presque. On observe les dérives dans les humiliations qu’on inflige à la nation par les scandales de corruption qui ont terni pour longtemps l’image d’un pays qui aurait pu avoir un autre destin. On les observe aussi dans l’arrogance de ces nouveaux promus obnubilés par la démesure de leurs ambitions et qui font peu cas de la morale qu’exige la pratique politique. Cela a commencé bien évidemment depuis plusieurs mois déjà avec la tonitruance des sorties médiatiques de l’incroyable secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), Amar Saadani, qui s’attaquait à tous ceux qu’il considère comme ennemis du clan au pouvoir en insultant Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), qu’il a traitée de «poule qui ne pond pas». Puis ces vulgaires et insupportables écarts de langage du nouveau venu dans les rangs de l’ex-parti unique, le député de Annaba, Baha Eddine Tliba, qui a gravi les échelons jusqu’à la vice-présidence de l’Assemblée populaire nationale (APN). Ce dernier, qu’on dit proche de Saadani et du vice-ministre de la Défense et chef d’état-major, Ahmed Gaïd Salah, vient de s’illustrer, cette semaine encore, par d’autres outrages à l’égard d’un autre député qu’il a qualifié de «handicapé» avant de proférer des menaces à son encontre. Au FLN, c’est définitivement entré dans la tradition, on règle toujours les différends aux dobermans. Parfois en recyclant la délinquance ordinaire pour en faire un outil de violence politique dans la gestion de certains événements. Et parallèlement à l’intimidation par l’insulte et aux coups de force opérés contre la presse et les militants associatifs, les tenants du pouvoir semblent bien décidés, cette fois-ci, à aller plus loin en cadenassant la vie politique par un arsenal de lois qui est arrivé depuis deux semaines à l’APN. En plus du projet de loi sur l’obligation de réserve qui a été débattu, mais faute de quorum à l’Assemblée n’a pu être adopté,  les députés auront également à traiter du nouveau régime électoral que l’opposition rejette d’emblée. Les groupes parlementaires du FFS, du PT, du MSP et d’El Adala l’ont qualifié déjà de «liberticide». La tentation totalitaire d’un pouvoir qui a cumulé les échecs depuis 1999 malgré la manne financière providentielle d’un prix des hydrocarbures qui s’est maintenu à des niveaux très hauts durant plusieurs années est de plus en plus évidente. Ses tenants n’ont à présent pas d’autre argument à faire valoir que celui de la gestion de la société par la violence politique et la terreur. Faire taire les officiers supérieurs à la retraite — dont l’un, le général Hocine Benhadid, croupit en prison sans jugement (sous mandat de dépôt) depuis octobre dernier —, fermer les derniers espaces de liberté encore possibles dans la presse indépendante, barricader tous les espaces publics contre l’expression de rue, verrouiller toute possibilité de recours contre les abus de pouvoir, les passe-droits et l’injustice sont les chantiers auxquels s’attelle une équipe au pouvoir qui a perdu la tête.

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