La couverture du roman.

Le déchet humain toxique radioactif non recyclable est à l’honneur dans le dernier texte de Yasmina Khadra "Qu’attendent les singes"

Après Le dingue au bistouri, Morituri, Double blanc et L’automne des chimères, le dernier né s’étale sur 72027 lexèmes sur un espace paginer au nombre des jours de l’année.

La couverture du roman.

Le déchet humain toxique radioactif non recyclable est à l’honneur dans le dernier texte de Yasmina Khadra "Qu’attendent les singes"

Après Le dingue au bistouri, Morituri, Double blanc et L’automne des chimères, le dernier né s’étale sur 72027 lexèmes sur un espace paginer au nombre des jours de l’année. Roman comportemental ou néo-polar avec une toute petite touche à la Butor, la question est de l’ordre de la géolinguistique qui voudrait interroger la mouture expressive du langage au quotidien, dans nos rues et villages.

Le titre est certes choquant, mais ne concerne nullement les huit simiens qui composent le texte aux cotés des trois chèvres et bique. Yasmina Khadra use de l’ensemble des pronoms personnels par une nette dominance du Il (2304 fois) au coté des 1773 Je, faisant de son roman un texte pronominalisé. L’utilisation successive des différents pronoms personnels, modifiant au fur et à mesure la focale et la distance par rapport aux personnages en scène, dégénère sur une intensité sémantique qui déroute l’acte de lecture. Khadra l’est à la hauteur du thème central qui le parcourt, à savoir "l’étude des comportements et des sentiments" que porte un narrateur totalement effacé dans les dires de ses personnages. L’écrivain ne s’occulte nullement puisqu’il souhaite la prise de parole tel un maître du verbe, devant les 279 fois auxquelles revient le lexème policier, dont Nora Bilal est l’héroïne d’un dédoublement sexué : la femme et la policière.

Khadra, dans son dernier titre, n’est point adepte du darwinisme. Il n’évoque la préhistoire qu’à travers 62 lexèmes et les 1900 autres pour décrire des "caractéristiques" propres aux agissements de personnages en quête d’un quotidien bien algérois. Yasmina Khadra est bien kantien dans ce texte en faisant dominer le Il aux côtés du Je fondateur de l’acte du pouvoir d’écriture mais projeté dans l’horizon d’un advenir à soi. Y. Khadra se décentre et s’éloigne de son être-source, un double mouvement constituant de la personne et du caractère de l’auteur même. "Je ne suis qu’un Il" semble nous révéler l’auteur et pour le reste ce ne sont que des "êtres", une "espèce humaine" et "des êtres infects". L’auteur de L’attentat finit par être pris en obsession par la trame de sa narration et abdique en réglant de vieux comptes avec "les abrutis du socialisme scientifique dans les années 1970", de même avec "un romancier franco-algérien venu de Paris faire la promotion de son dernier opus» ou encore à travers Baasous Llaz «un écrivain… le terrible pourfendeur de notre plus grand écrivain".

Le texte est un amas d’indices ethnographiques, dans la belle tradition du «primitivisme», où autour du thème de «l’abandon», la phrase suivante "on accède à une sorte de renoncement salutaire : on se dit que c’est ainsi", désigne un désaccord frustrant entre l’auteur et son Moi créateur qui en lisse une personnalité basée sur l’effacement devant les contradictions sociales, économiques et culturelles de ceux qui "mentent par nature", "trichent par principe" et "nuisent par vocation" et qu’ils ne sont que les lecteurs et lectrices qui ont portés haut l’écriture d’étalage des grands docks.

Mohamed-Karim Assouane, Université d’Alger -2

Source de l'article: http://www.lematindz.net/news/14394-quattendent-les-singes-un-roman-de-leffacement.html

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