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Si le baccalauréat ouvre les portes de l’enseignement supérieur, il donne aussi accès aux rayons bien fournis d’un commerce prospère. Le bac fait vendre et fait vendre de tout. Médailles, mugs, tee-shirts, boîtes magiques, séjours en gîte, préservatifs, brosses à cheveux, billets d’avion... La liste n’est pas exhaustive.

Depuis quelques années, de nombreuses enseignes se sont positionnées sur un marché qui se renouvelle de 600 000 clients potentiels tous les ans. La Maison Arthus-Bertrand, qui créa la médaille de la Légion d’honneur en 1803, propose depuis 2009 une décoration pour les bacheliers qui ne ferait pas tache sur la poitrine d’un général. « A l’origine, nous avions envisagé de réaliser cette médaille conjointement avec le ministère de l’éducation nationale, raconte Jean-Charles Rocher, directeur commercial. Xavier Darcos [alors titulaire du portefeuille] trouvait l’idée géniale. Il était à deux doigts de donner son feu vert. Mais il s’est finalement désisté. »

« SUCCÈS COMMERCIAL »

Produire 600 000 médailles au moment où le ministère supprimait des postes a sans doute paru inopportun... Qu’à cela ne tienne. Arthus-Bertrand, qui « accompagne tous les bonheurs de la vie »,  s’est lancé seul. L’insigne aux couleurs nationales est vendu 17 euros. « Nous en avons vendu 5 000 exemplaires la première année, se félicite M. Rocher. La progression annuelle est très nette. En 2014, près de 50 000 médailles se sont écoulées. »

Toujours au rayon militaire, la Monnaie de Paris aussi vend des médailles (de 25 à 95 euros), sans ruban toutefois. « Pour un produit saisonnier, c’est un succès commercial, dit-on sous couvert d’anonymat au sein de l’entreprise publique. Nos médailles ont mis longtemps à s’installer, mais elles ont trouvé leur rythme de croisière. » Impossible, cependant, de connaître le nombre de pièces écoulées. La Monnaie de Paris joue la grande muette. Son rapport d’activité indique cependant une progression de plus de 18 % entre 2011 et 2012 : « Les ventes dépassent maintenant les 200 000 euros par an. » Il faut dire que les prix ont été doublés dans l’intervalle.

DES PRÉSERVATIFS « MAJEUR, BACHELIER ET VACCINÉ »

« Il s’agissait de redonner ses lettres de noblesses à l’art de la médaille, dit-on de même source. Celui-ci remonte à Louis XIV, qui s’en servait pour diffuser ses faits et gestes. Nous avons un savoir-faire et nos médailles répondent à une codification très précise : des branches de chêne et de laurier symbolisent la République, un escalier métaphorique représente le parcours du jeune vers la vie d’adulte, etc. »

Dans un registre moins solennel, le jeune entrepreneur Bastien Le Coz propose des produits plus tendance, mais avec le même souci du détail. Le logo de sa marque « Bachelier », créée en 2012, est très étudié : une branche de laurier entourant le visage de Marianne, autre symbole de la République. Ses blousons, pulls et tee-shirts, dont les prix varient entre 20 et 45 euros, sont personnalisables. Il est possible d’y faire inscrire son prénom, le nom de son établissement, sa mention, etc. « Ça marche très bien, assure M. Le Coz. Nous vendons plus de 25 000 pièces par an. Nous voudrions que cela devienne une institution, comme en Angleterre, où chaque élève quitte l’école avec son sweat, le leavers. »

Le produit « bac » a beau être saisonnier, il y en a pour tous les goûts, toutes les bourses et tous les âges. « Bachelier » vend aussi des préservatifs « Majeur, bachelier et vacciné », des bodys pour bébé frappés d’un prometteur « Bachelier 2032 » et tout un tas de fantaisies à acheter de préférence avant l’épreuve : stylo antifuite, bracelet porte-bonheur, masse-crâne...

AVEC LA MENTION TRÈS BIEN, – 15 % SUR UN GÎTE

De son côté, Spreadshirts, entreprise lancée en Allemagne en 2002, se targue d’être « le leader européen du vêtement personnalisable en ligne ». La gamme « bac » (ou abitur version allemande, maturità version italienne...) se décline à l’infini. Il y a le tee-shirt pour le pessimiste (« BAC, Bientôt Au Chômage »), pour l’obstiné (« Bac 2015 »), le nostalgique (« Bac 2012 »), l’imposteur (« j’ai pacsé mon bak aveic menscion ») ou encore l’insolent (« Elu bachelier de l’année »)… Des slogans farfelus qui peinent à trouver preneurs. « Nous n’en vendons que quelques centaines par an, pas beaucoup plus », confie la responsable France de Spreadshirts, Sabrina Rahilou.

D’autres entreprises, plus frileuses, se contentent de rabais sur leurs produits habituels. C’est le cas de l’agence de voyages Directours, qui réduit de 10 % à 30 % le prix de ses billets d'avion pour les bacheliers. Dans le même esprit, les Gîtes de France - Pyrénées-Orientales offrent, jusqu’au 31 juillet, 15 % de remise sur ses locations pour les titulaires d’une mention très bien,10 % pour les mentions bien et 5 % pour les mentions assez bien. Un moyen d’« attirer une clientèle plus jeune », explique-t-on chez Gîtes de France.

Enfin, il y a l’économie parallèle du bac. Des sites Internet, comme Diploma Printing Service, tentent d’escroquer ceux qui n’ont ni la mention ni même leur bac en vendant de faux diplômes de l’examen, à partir de 150 euros.

Cette année, 47 300 candidats sont repartis bredouilles…

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