imageMême les journalistes ne sont pas à l'abri des bombardements israéliens

Comme dans tous les conflits, les médias sont une arme redoutable pour dénoncer les atteintes aux droits de l'homme ou pour tromper l'opinion internationale avec de la propagande. A Ghaza la guerre des images est féroce.

Et sur ce plan, Israël et le mouvement de résistance à Ghaza, ont chacun de leur côté des télévisions à leur service. Des médias qui leur servent de tribune d'expression, de diffuseur de message et surtout de gardien de l'opinion. Curieusement, Israël, qui est connu pour ses puissants lobbys dans les médias occidentaux, ne possède pas d'armes audiovisuelles. Les télévisions israéliennes publiques ou privées n'ont pas d'audience dans le monde et ne sont pas trop regardées parce que la langue adoptée par la majorité de ses chaînes est l'hébreu. C'est pourquoi Israël a décidé de lancer en juillet 2013, la chaîne i24News une chaîne d'information internationale israélienne, dont les programmes sont diffusés en anglais, français et arabe. Mais son audience demeure faible en raison de la pénétration des chaînes arabes et anglaises dans la région du Moyen-Orient. Israël doit donc compter sur les télévisions occidentales en Europe et en Amérique pour faire entendre sa version du conflit et surtout cacher ses exactions et ses massacres d'une population sans défense.

Manipulation de l'information sur Ghaza en France. En Europe, c'est la France qui représente le plus grand soutien à Israël médiatiquement. La majorité des télévisions et médias français obéissent depuis le début du conflit à la politique du duo du gouvernement Valls-Hollande. Le président français et son Premier ministre ont vraisemblablement tourné le dos aux Palestiniens sous prétexte que le Hamas est une organisation terroriste.Il faut dire aussi que les socialistes n'ont jamais eu de bons rapports avec les Palestiniens. On se souvient le 26 février 2000, quand Lionel Jospin, alors Premier ministre, se faisait caillasser par des étudiants palestiniens de l'université de Bir Zeit, pour avoir condamné les «attaques terroristes du Hezbollah».En revanche, la droite française est mieux lotie, et l'image du président Chirac qui jouait des coudes et faisait des échanges violents avec des agents de sécurité israéliens parce qu'ils l'avaient empêché de visiter la vieille cité de Jérusalem, est restée dans la mémoire, comme le geste le plus fort d'un président français en soutien à la Palestine. Depuis le début des bombardements contre Ghaza, les médias français font croire à l'opinion que les Israéliens ne font que se défendre contre la menace terroriste. Le traitement de la première manifestation pro-palestienne a révélé au grand jour la manipulation des grandes chaînes françaises, plus particulièrement TF1, M6, LCI, BFM TV et Itélé. Les chaînes publiques comme France 2 et France 3 sont restées neutres dans le traitement du conflit, en montrant le massacre de Ghaza, même si elles ne font pas de publicité pour le Hamas. Sur BFM TV et TF1, on utilise tous les moyens pour tromper l'opinion. Faux incendie de synagogue, photo d'Iran présentée comme prise en France... la couverture des débordements liée aux manifestations pro-palestiniennes à Sarcelles et Paris cette semaine, a gravement terni l'image de la France dans le monde. Présentée comme la patrie des droits de l'homme, la France a à la fois perdu sa crédibilité médiatique et noirci son image politique par l'interdiction de la marche de Paris. Une décision inédite en Europe.Après ces deux incidents, les télévisions françaises tentent de rattraper le coup en donnant plus la parole à des intervenants pro-palestiniens. De son côté, le gouvernement français fait marche arrière et autorise la marche pro-Ghaza aujourd'hui à Paris. Mais cette ouverture de façade reste contrôlée: aucun invité proche du mouvement palestinien Hamas n'est invité sur les plateaux de télévisions françaises. TF1 qui a zappé l'agression de la Ligue de défense juive sur les manifestants pro-palestiniens mais s'est rachetée en diffusant les dernières images des enfants palestiniens tués sur le port de Ghaza. Un reportage émouvant qui a fait le tour du monde.Sur France 24, la télévision du ministère français des Affaires étrangères, on joue aux équilibristes. Elle donne la parole aux Palestiniens sur le canal arabe et fait parler des sionistes sur le canal français. On se souvient du clash entre le sioniste franco-israélien Gilles-William Goldnadel et le politicien Charles Saint Prot sur la l'interdiction de la manifestation pro-palestinienne à Paris. France 24 s'est également illustrée en traitant d'une manière spéciale Leïla Shahid, l'ambassadrice palestinienne auprès de l'Union européenne. La journaliste, Vanessa Burggraf s'est acharnée à tenter de piéger la diplomate palestinienne en essayant de la pousser à dénoncer le Hamas. Une tentative qui est restée vaine puisque la diplomate palestinienne s'est montrée extrêmement professionnelle dans ses réponses, ce qui lui a valu de nombreux messages de soutien. A côté des Français, les Américains, alliés traditionnels de l'Etat hébreu ont logiquement soutenu médiatiquement son agression sur Ghaza. Deux chaînes américaines se sont illustrées en sanctionnant leurs journalistes pour avoir simplement sympathisé avec la cause des Ghazouis. La première à faire les frais du lobby sioniste dans les médias israéliens, c'est Diana Magnay envoyée spéciale de CNN en Israël, qui s'est emportée en critiquant l'attitude inhumaine et stupide des Israéliens qui s'étaient réunis à Sderot, ville israélienne proche de Ghaza, le soir pour applaudir les bombardements meurtriers des Palestiniens. Pour la punir, CCN considéré comme un média proche d'Israël, a muté la journaliste vedette à Moscou. L'autre grand groupe américain à commettre un impair dans la gestion du traitement de l'information sur Ghaza, est NBC qui a rappelé son correspondant à Ghaza, Ayman Mohyeldin, après s'être illustré dans son reportage sur les quatre enfants palestiniens tués sur une plage de Ghaza par une bombe israélienne. Son erreur, c'est d'avoir montrer la barbarie de l'armée israélienne. Mais quelques jours après et suite à une large mobilisation sur les réseaux sociaux, le journaliste est rappelé à Ghaza avec les compliments de la chaîne.

Al Jazeera la télévisionqui fait peur à Israël. Mais la chaîne qui domine l'information sur Ghaza demeure et reste toujours la chaîne qatarie Al Jazeera, qui grâce à ses dizaines de correspondants aguerris sur le terrain et son large réseau de contacts des deux côtés de la bande de Ghaza couvre d'une manière globale et professionnelle le conflit dans cette région attaquée de la Palestine. Al jazeera est d'ailleurs la seule télévision arabe à donner la parole à des militaires israéliens pour parler de leur action sur le terrain. L'armée israélienne qui possède un excellent service de communication alimente d'ailleurs les chaînes occidentales et Al Jazeera en images nocturnes des bombardements, de l'infiltration des commandos du mouvement palestinien.Même le Hamas, qui possède sa propre télévision Al-Aqsa TV fondée en 2006, compte sur la télévision qatarie pour diffuser ses messages et les images de ses victoires sur l'armée israélienne. D'ailleurs, la télévision qatarie et d'autres chaînes arabes ont été les seules à diffuser les images du porte-parole des Brigades Al Kassem, annonçant la capture d'un soldat israélien. En gagnant sa bataille médiatique contre Israël, «Al Jazeera a subi les foudres de Tsahal, puisque son bureau à Ghaza a fait l'objet d'une attaque d'hélicoptère de combat. Les bureaux ont été évacués après avoir été attaqués par ce qui a été décrit comme un feu nourri et mis au point par Israël. Selon le rapport, l'armée israélienne a confirmé l'attaque, la qualifiant de «coup de semonce. «il semble n'y avoir aucune victime dans l'incident. Cette attaque éclair vient deux jours après la déclaration du ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman qui a affirmé lors d'une conférence de presse «Al Jazeera ne fait pas un travail journalistique mais un lavage de cerveaux».Al Jazeera n'est pas la seule dans cette logique de guerre médiatique, la chaîne Al Mayadeen, appartenant à l'ancien correspondant d'Al Jazeera à Beyrouth, Ghassan Ben Djedou fait un travail colossal en matière de médiatisation pour soutenir Ghaza. Et pour la première fois dans l'histoire du Liban, huit chaînes de télévision que tout oppose ont décidé de s'associer pour présenter lundi soir un journal commun, sous le titre «Palestine: tu n'es pas seule», afin d'exprimer leur solidarité avec la population de Ghaza. L'émission a été présentée de manière totalement inédite, par un éditorial lu par les présentateurs des deux chaînes ennemies: Al-Manar, qui est celle du mouvement chiite Hezbollah, et Futur TV, qui appartient au mouvement sunnite de Saâd Hariri. TeleLiban, al-Jadid (indépendant), les chaînes du camp chrétien LBC et MTV, et les télévisions qui soutiennent le régime en Syrie, NBN du président chiite du Parlement Nabih Berri, al-Manar et OTV du général chrétien Michel Aoun, ont également participé au projet. Durant ce journal télévisé d'une demi-heure, des reportages sur les dimensions humaines de la guerre, préparés par ces différentes chaînes, ont été diffusés.Mais dans le Monde arabe, un seul pays est médiatiquement hostile au Hamas: l'Egypte.

Après l'Algérie, la Syrie, les médias égyptiens s'attaquent à la Palestine. Depuis le début du conflit à Ghaza, la majorité des chaînes égyptiennes ont adopté un discours ouvertement hostile au mouvement de la résistance palestinienne.Cette hostilité envers le Hamas et les Palestiniens est une conséquence de la nouvelle composition politique égyptienne. Les journalistes, qui ont soutenu le coup de force de l'armée contre le président islamiste Mohamed Morsi en juillet 2013, voient dans le Hamas rien d'autre que la branche palestinienne des «Frères Musulmans «, aujourd'hui interdits en Égypte.Les journalistes égyptiens n'hésitent pas à encourager l'armée israélienne invoquant aussi les violences en cours dans le Sinaï, la péninsule frontalière de Ghaza et d'Israël.Ce type de campagne médiatique dirigée contre une communauté n'est pas inédite en Égypte. On se souvient de la campagnecontre l'Algérie en 2010, ou encore contre les Syriens qui ont subi le même genre d'attaques à l'été 2013, après le renversement de Mohamed Morsi par l'armée. Une partie des médias égyptiens, dont le présentateur Tawfik Okasha, avait accusé les réfugiés syriens en Égypte d'être des alliés des Frères musulmans. Cette campagne médiatique avait conduit à des attaques physiques contre des Syriens dans les rues du Caire.Mais tous les Égyptiens ne sont pas hostiles au Hamas et aux Palestiniens. Des manifestations de soutien à Ghaza ont également eu lieu ces derniers jours au Caire et à Alexandrie. Elles n'ont toutefois rassemblé que quelques milliers de personnes. Des jeunes activistes égyptiens, pour la plupart proches de mouvements de gauche, ont organisé un convoi de solidarité avec Ghaza: 400 d'entre eux se sont rendus jusqu'au poste-frontière de Rafah, entre l'Égypte et Ghaza, où l'armée égyptienne les a stoppés et renvoyés vers Le Caire. Comme en 2009, contre le Hizbollah et la chaîne El Manar, Israël risque de perdre à la fois sa bataille militaire et sa guerre médiatique, offrant une image encore plus monstrueuse qu'avant de l'Etat hébreu et de sa logique meurtrière.

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