Mali : quand la réconciliation nationale piétine 
Conférence pour la paix à Bamako, en novembre 2013.© Habibou Kouyaté/AFP

Des négociations qui s'enlisent et une population qui s'impatiente... L'absence de dialogue avec les communautés du Nord va-t-elle encore durer longtemps ?

Mali : quand la réconciliation nationale piétine 
Conférence pour la paix à Bamako, en novembre 2013.© Habibou Kouyaté/AFP

Des négociations qui s'enlisent et une population qui s'impatiente... L'absence de dialogue avec les communautés du Nord va-t-elle encore durer longtemps ?

Lors de sa prestation de serment, le 4 septembre 2013, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) a rappelé que la réconciliation nationale était sa "priorité la plus pressante". Ce que venait confirmer, quatre jours plus tard, la création d'un ministère chargé du dossier.

Pourtant, huit mois après l'installation d'IBK à Koulouba, la fameuse "réconciliation" n'a pas progressé d'un pouce. Le dialogue inclusif entre les différents protagonistes, qui devait s'ouvrir soixante jours après l'entrée en fonction du gouvernement d'Oumar Tatam Ly, le 8 septembre 2013, n'est plus qu'un lointain souvenir.

C'est donc sans grande surprise que l'on a vu le sensible portefeuille de la Réconciliation nationale changer de titulaire lors du remaniement du 11 avril. Malgré ses trente ans d'amitié avec IBK, Cheick Oumar Diarrah a été remercié et remplacé par Zahabi Ould Sidi Mohamed, 56 ans, ministre des Affaires étrangères dans le précédent gouvernement.

Modibo Keïta, représentant spécial d'IBK

Arabe natif de Tombouctou, ce dernier avait participé à la rébellion du début des années 1990, au sein du Front islamique arabe de l'Azawad, ainsi qu'à la signature des accords de paix de 1992. Il est réputé influent et bien introduit dans les milieux touaregs et arabes du nord du pays. Sa délicate mission consistera donc à relancer les négociations entre Bamako et les différents groupes rebelles - Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), Haut Conseil pour l'unité de l'Azawad (HCUA) et Mouvement arabe de l'Azawad (MAA) -, totalement bloquées depuis la signature de l'accord de Ouagadougou, le 18 juin 2013.

Le 20 avril, Ould Sidi Mohamed s'est rendu à Alger pour s'informer de "l'état d'avancement des pourparlers menés par les Algériens avec les groupes armés", qu'il a qualifiés de prometteurs. "Nous sommes très optimistes. Sous peu, ces groupes armés pourront se retrouver de façon formelle ici, en Algérie, avant de venir négocier au Mali", a-t-il souligné.

Pour prouver sa volonté d'accélérer le processus, le 23 avril, le gouvernement a par ailleurs nommé un négociateur : Modibo Keïta. Dans ses nouvelles fonctions de haut représentant du chef de l'État pour le dialogue inclusif intermalien, l'ancien Premier ministre s'est immédiatement exprimé sur la mission qu'il allait mener, en concertation avec Zahabi Ould Sidi Mohamed, pour aboutir à un accord de paix global. Il a expliqué que "cela suppos[ait] des concessions", "une ouverture d'esprit" et, surtout, de répondre rapidement à une série de questions relatives au statut des régions du nord : comment réorganiser le du territoire sur le plan administratif et institutionnel ? Comment définir un programme de développement de collectivité territoriale ? Comment améliorer la gouvernance ?...

L'opposition, la société civile et les ONG demandent des assurances

Sur le terrain, la situation reste tendue. Méfiants, les principaux groupes rebelles gardent la main près de leurs armes et se plient difficilement au processus de désarmement et de cantonnement. De son côté, l'armée malienne ne peut toujours pas patrouiller à Kidal sans être épaulée par les Casques bleus de la Minusma, la mission de l'ONU. "Tout le monde parle de réconciliation, mais entre les différentes communautés les divisions sont profondes, confirme une source onusienne. Les gens ne sont pas prêts, ils veulent d'abord obtenir justice pour les crimes qui ont été commis."

Autre pomme de discorde : l'instauration de la Commission vérité, justice et réconciliation (CVJR). Après des semaines de tergiversations, sa création a finalement été entérinée à la mi-mars par l'Assemblée nationale. Investie pour un mandat de trois ans, cette instance est composée de 15 membres et de 7 groupes de travail, qui auront pour difficile tâche de faire la lumière sur tous les crimes commis sur le territoire national depuis l'indépendance du pays, en 1960. Si ce projet suscite de réels espoirs, il n'est pas exempt de critiques. S'alarmant du fait que la CVJR soit placée sous la tutelle du ministère de la Réconciliation, lui-même chargé de nommer les commissaires, l'opposition, la société civile et les ONG demandent des assurances quant à son indépendance, sa crédibilité et son efficacité. Ces inquiétudes n'ont pas été entendues par le précédent gouvernement. Peut-être le seront-elles par celui de Moussa Mara, le nouveau Premier ministre.

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Benjamin Roger

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