Éviter la mort subite avant quarante ans

Marc-Vivien Foé en 2003 ou Piermario Morosini en 2012. Nous avons tous en tête ces images chocs de jeunes footballeurs qui s'effondrent, foudroyés, en pleine action. Ces décès spectaculaires sont pourtant l'arbre qui cache la forêt. En effet, la majorité des morts subites avant 40 ans surviennent à la maison ou dans la rue, selon une enquête menée par le Dr Andrew Krahn de l'université de Colombie-Britannique (Canada).

En France, la mort subite fait chaque année 40.000 victimes. «Mais seulement mille d'entre elles sont frappées lors d'une activité spor­tive», souligne le Pr Xavier Jouven, cardiologue et directeur du Centre d'expertise sur la mort subite de l'adulte (CEMS). Nombre de morts pourraient être évitées. En France, seulement 4 % des personnes survivent, alors qu'à Seattle, aux États-Unis, ce taux atteint 20 %. En cas de malaise, un seul réflexe: appeler le 15 et pratiquer un massage car­diaque.

La conséquence d'une maladie coronaire

«Dans 90 % des cas, la cause est d'origine cardio-vasculaire», poursuit Xavier Jouven. Après 45 ans, la mort subite est, majoritairement, la conséquence d'une maladie coronaire qui va provoquer un infarctus du myocarde. Chez les plus jeunes, la majorité des décès seraient liés à des maladies cardiaques non détectées.

Combien sont concernés? «Nous avons peu de données épidémiologiques, car la plupart du temps il n'y a pas d'autopsie réalisée, et le médecin va conclure à la rupture d'anévrisme», explique le professeur Hervé Le Marec, directeur du centre de prise en charge de la mort subite du sujet jeune, à Nantes. Mais les moins de 40-45 ans représenteraient entre 10 et 30 % des morts subites cardiaques. Soit entre  4000 et 12.000 décès par an! «La moitié de ces morts subites sont liées à des maladies héréditaires», explique Hervé Le Marec.

Les alertes passent souvent inaperçues

Les plus fréquentes de ces maladies cardiaques héréditaires sont regroupées, d'une part en cardiomyopathies (maladie du muscle cardiaque), d'autre part en troubles rares du rythme. Ces pathologies demeurent souvent invisibles, sans symptômes, jusqu'au premier, souvent fatal: l'arrêt cardiaque.

Certains signes avant-coureurs peuvent parfois survenir, comme un malaise, une syncope ou une perte de connaissance. Mais ces alertes passent souvent inaperçues ou n'inquiètent pas suffisamment. «Un jeune qui a failli se noyer dans une piscine mérite un bilan car­diaque, explique le Pr Antoine Leenhardt, rythmologue à l'hôpital Bichat. Tout comme un enfant pris de convulsions alors qu'il court pendant sa récréation. Ce n'est pas toujours une épilepsie.»

Chez ces populations fragilisées par une pathologie insoupçonnée, le sport est un facteur aggravant. «Chez les sportifs, le dépistage des personnes exposées à ce type d'accident permet de diminuer le nombre de morts. L'Italie, qui a instauré un électrocardiogramme chez tout sportif faisant de la compétition, a vu ce type de mortalité fortement diminuer», explique le Pr Daniel Thomas, cardiologue à la Pitié-Salpêtrière, à Paris.

Dépistage

Mais si pour les sportifs un dépistage est envisageable, les populations à risque demeurent difficilement identifiables. Seul indice: des morts jeunes inexpliquées dans la famille. Une question rarement posée en consultation… En revanche, toute mort subite d'un sujet jeune devrait entraîner un bilan pour toute la famille. «Ce n'est pas facile, car celle-ci vit un drame. Mais c'est indispensable», insiste Antoine Leenhardt. L'enquête familiale s'inscrit dans une démarche de prévention puisque la mort subite risque de toucher les proches du défunt. Or seule une famille sur quatre parmi celles qui sont concernées en réalise un… «Aujourd'hui, nous avons les moyens de prévenir ces morts subites, mais nous avons du mal à repérer ces sujets à risque», regrette Hervé Le Marec.

Hormis les maladies cardiaques héréditaires, un certain nombre de morts subites chez les moins de 45 ans pourraient aussi être liées aux infarctus du myocarde. Si les données épidémiologiques sont inexistantes, les récentes données sur l'augmentation des attaques cardiaques chez les femmes de moins de 55 ans, publiées par le Bulletin épidémiologique hebdomadaire de l'Institut de veille sanitaire, sont inquiétantes.

«Ces résultats laissent supposer une augmentation de morts subites par infarctus du myocarde chez les plus jeunes», reconnaît le Pr Nicolas Danchin, cardiologue à l'hôpital Georges-Pompidou, à Paris. «Le facteur expliquant la hausse de l'infarctus chez les femmes jeunes est sans aucun doute l'augmentation des fumeuses», met en garde le cardio­logue.

L'infarctus avant 50 ans: le tabac très souvent en cause

«Lorsqu'un infarctus survient avant 50 ans, chez l'homme  ou chez la femme, dans 80 % des cas, le seul facteur de risque que l'on met  en évidence est le tabagisme»,  explique le professeur Daniel Thomas (cardiologue, hôpital La Pitié-Salpétrière). Au-delà de 50 ans,  le tabac est encore souvent en cause dans un pourcentage important  de cas, mais intriqué avec d'autres facteurs, comme l'hypertension, l'hypercholestérolémie, le diabète…  Par ailleurs, il existe manifestement dans certaines familles une fréquence élevée de maladies coronaires, sans doute liée à des facteurs génétiques. Le risque d'infarctus est multiplié  par 2,5 pour 20 cigarettes par jour  et par 5 pour 40 cigarettes par jour  par rapport à un non-fumeur.  Le tabac augmente le spasme artériel, favorise l'agglutination des plaquettes du sang et diminue les capacités  de transport en oxygène des globules rouges…

 

Source de l'article: http://www.lefigaro.fr/sante/2012/11/16/01004-20121116ARTFIG00646-eviter-la-mort-subite-avant-quarante-ans.php

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